Raymond Roussel


Nouvelles

Impressions d’Afrique
____


I

Damiette

La maison où Saint Louis fut prisonnier
1Sans doute à réfléchir, à compter cela porte,
2D’être avisé que là, derrière cette porte,
3Fut trois mois prisonnier le roi saint !… Louis neuf !…
4Combien le fait, pourtant, paraît tangible et neuf
5En ce pays jonché de croulantes merveilles,
6Telles qu’on n’en sait point ici bas de plus vieilles !
7Elles présentes, tout semble dater d’hier :
8Le nom dont, écrasé, le porteur est si fier
9Que de mémoire, à fond, il sait sans une faute
10(Comme sait l’occupant, dans une maison haute,
11D’un clair logis donnant sur le dernier palier
12— Photographe quelconque habile à pallier
13Pattes d’oie et boutons par de fins stratagèmes
14((Pouvoir du retoucheur ! lorsque arborant ses gemmes
15(((Chacun, quand de son moi, dont il est entiché,
16Rigide, il fait tirer un orgueilleux cliché,
17— Se demandant, pour peu qu’en respirant il bouge,
18Si sur la gélatine, à la lumière rouge,
19Dans le révélateur il apparaîtra flou, —
20((((Tels se demandent : — S’il diffère d’un filou,
21Le fat qui d’un regard (((((parfois une étincelle,
22L’entourant de pompiers qui grimpent à l’échelle,
23Fait d’un paisible immeuble un cratère qui bout1 ;)))))

24            1 Que n’a-t-on, lorsqu’il faut d’un feu venir à bout,
25            Un géant bon coureur, — quand une maison flambe,
26            Un sauveteur loyal doit-il, traînant la jambe,
27            Considérer de loin la besogne en boudeur ? —
28            Qui, prêt, tel Gulliver, à vaincre sa pudeur,
29            Aurait à satisfaire une envie opportune.

30Enflamma, dépourvu, lui, de toute fortune,
31Une catin de marque ayant voiture, hôtel,
32Qu’il vient, le rouge au front, de conduire à l’autel ;
33— A Nice, l’arrivant, l’œil sur le thermomètre,
34Si, défiant le rhume, en toile il va se mettre2 ;

35            2 A l’hiverneur niçois donner un pardessus
36            (Prêt qu’il est à jurer — les jours même où, pansus,
37            De durs magots de neige y pouffent d’un air nice
38            Qu’en janvier, de bon cœur, on irait nu dans Nice,
39            Toi Archimède aux cent coups criant : « Eurêka »),
40            C’est donner : — au novice, en mer, de l’ipéca,
41            Tandis qu’à la briser l’ouragan tend l’écoute ;
42            Quand un conférencier prélude, à qui l’écoute,
43            Un narcotique ; — à qui hors d’un train bon marcheur
44            Se penche, un éventail ; — lorsqu’il rentre, au pécheur
45            Ayant communié tard, de la noix vomique ;
46            — Un nez postiche au juif, moins que le sien comique ;
47            — Pendant l’ivresse, avant le serrement complet,
48            Un aphrodisiaque au pendu ; — le soufflet
49            A qui s’escrime contre un feu de cheminée
50            Réfractaire ; — à qui sort d’un livre, auguste aînée,
51            Une idyllique fleur sèche, un aplatissoir ;
52            — A qui, sagace, en paix laisse une aragne un soir,
53            S’assurant une passe heureuse, un porte-chance ;
54            — Lorsque en gants de peau vers l’eau bénite elle avance
55            Son médius rebelle, à la dévote, un truc
56            Pour ne rien gaspiller ; — quand l’express, truck par truck,
57            Brûle en route un marchand train, à qui voit leur lutte,
58            Un pronostic ; — le soir venu, quand, dans sa hutte,
59            Pour son somme il s’apprête, au noir, des bigoudis ;
60            — Quand, martelant le sol, dans ses doigts engourdis
61            Souffle un mal inspiré dyspeptique, une boule
62            Puante à qui de près lui parle ; — un jour sans houle,
63            De l’avance au vapeur qu’oseur brave un voilier ;
64            — Au piéton qu’un sellé cheval sans cavalier
65            Dépasse, un coup double à demi-tour sur l’échine ;
66            — A l’ouvrière, en juin, qui, cousant sans machine,
67            Se tette une phalange, une rose à tenir ;
68            — A rebours, lorsqu’il gronde avant d’intervenir,
69            Un coup de brosse au chien sur l’épine dorsale ;
70            — Quand chez lui tout s’attaque, au maigre à langue sale
71            Qu’on va perdre, une forme à forcer les chapeaux ;
72            — Au reclus, quand dehors claquent dur les drapeaux,
73            Sur la flûte, ondulant, maint chromatique exemple ;
74            — Quand naît l’orage, à qui, dominé, le contemple
75            Et l’oit, pour moins que la lumière ailé le son ;
76            — Au souffleur, quand tire à sa fin une chanson,
77            Lors du refrain un coup d’épaule à chaque ligne ;
78            — Un sursis au coq qui, l’automne enfui, trépigne
79            Quand tarde une aube ; — au Juif errant, un rond de cuir.

80— Resté seul, Horace, à quelle vitesse fuir ;
81— Le lièvre si lorsqu’il musait par la bruyère
82L’eût distancé même un vieux morceau de gruyère ;
83— Si valsent ou non les bouteilles de Clicquot
84Le soupeur dont le nez tourne au coquelicot ;
85— L’Yankee si, pour de bon, plus lisse est qu’une orange
86La terre, alors qu’il grimpe à l’Alleghanys Range ;
87— L’étranger si plus rien n’est en vice amoral
88Dans « vice-président » ou dans « vice-amiral » ;
89— Si, méthodique, avant de l’arroser, Cerbère
90Le flairerait de ses trois nez, le réverbère ;
91— L’hiver, sur le trottoir, maudissant son bourreau,
92S’il rentrera sans rhume, un riflard sans fourreau ;
93— Quand, poisseuse, elle a l’heur de puer, la semelle,
94Si de son sort chanceux jalouse est sa jumelle ;
95— La fermière, à l’aube, en passant son caraco,
96De quel coq debout la mit le cocorico ;
97— Quand, sonore, entre en danse un conscrit, sa chemise,
98Quelle purge, au réveil, dans la lampe il s’est mise ;
99— L’enfant qui de travers pousse dans le bassin,
100S’il sera de sa mère, en naissant, l’assassin ;
101— La fleur, si son parfum renaîtra, qu’on asperge,
102Sous un arbre écarté, d’un jet qui sent l’asperge ;
103— Lorsque à l’église un juif cherche un coin dans la nef,
104Pourquoi chez Dieu bas on l’a mis, son couvre chef ;
105— Le journal, qui le plus sur son revers pullule,
106Du dentifrice, du prêt ou de la pilule ;
107— Réfléchissant sur son passé, si pour jeunot
108Il passe, ou pour vieillot, le couteau de Janot ;
109— Le mur, quelle faute en conscience est la sienne,
110Qu’exalté jouet du vent bat la persienne ;
111— L’archet, lorsque avant qu’il serve on retend son crin,
112S’il faudra longtemps pour accorder le crincrin ;
113— Le thermomètre ailleurs placé que sous l’aisselle,
114Si loin du but encore est la prochaine selle ;
115— S’il sera d’une douche honoré, le genou
116Qu’en dada sédentaire a changé la nounou ;
117— Le procédé frappeur, pourquoi, fière, la bille
118Point ne fraye avec lui, qui de rouge s’habille ;
119— Quel satisfait vient d’en sortir, celui qui sent
120Une odeur connue au seuil du numéro cent ;
121— Le collignon à fouet rageur, à quelle cote,
122Dans le Grand Prix, gagnante, on donnerait Cocote ;
123— Si monter pratique en homme, à la longue, en arc,
124Par degrés lui mettra les jambes, Jeanne d’Arc ;
125— Le sans le sou, s’il est près de rouler carrosse,
126Qui, malin, d’un bossu vient de toucher la bosse ;
127— Quand sous sa dextre on penche un sac de confiseur,
128Si des vers vont doubler son plaisir, le liseur ;
129— L’astronome âgé, si, gâteux, avec un signe
130Du Zodiaque, un jour, il confondra le Cygne ;
131— Les vieux, si saint Martin, vraiment, par son été,
132Rend possible un instant d’être et d’avoir été ;
133— L’architecte, si lorsqu’il porte, pas plus grosse
134Qu’un jouet, sa maquette, on le prend pour un gosse ;
135— Le théologien, si la Vierge à son fils
136Doit sa célébrité plus ou moins qu’à ses fils ;
137— Le dompteur, si sa veuve, un an, sans gris ni mauve,
138Stricte s’habillera, dont se régale un fauve ;
139— Si ses enfants naîtront sourds, celle dont la main
140Fut la veille accordée à son cousin germain ;
141— Le loustic, si, pour voir où son cordonnier perche,
142Mieux vaut dans sa bottine ou son Bottin qu’on cherche ;
143— Le lait chaud par l’attente attiédi dans son pot,
144S’il choira dans la tasse avec ou sans sa peau ;
145— S’il risque, osé, qu’à grains d’ellébore on le purge
146D’autorité, l’ultra-moderne dramaturge ;
147— Le poète, si l’on pourrait avec « Auteuil »
148Faire à souhait rimer « comme dans un fauteuil » ;
149— Le peintre méconnu, si, du haut des étoiles,
150Mort, il verra les snobs se disputer ses toiles ;
151— L’explorateur, si, loin de ce qu’il a de cher,
152Un jour il repaîtra son prochain de sa chair ;
153— Si va lui sembler fort son enfant, l’accouchée
154Qui ne s’est, avec lui, pas encore abouchée ;
155i— Le jeune auteur3,

155f            3                         La gloire a l’horreur du teint frais.

156Jusqu’à quand ses écrits paraîtront à ses frais4;

157            4 Pour que d’un travailleur les œuvres soient illustres,
158            Il faut que sur sa tête aient passé force lustres ;
159            Seul le chêne est prospère, envahissant, ombreux,
160            Dont le tronc est strié de ronds déjà nombreux.

161— L’enfant, si, quand de l’ogre il mit les grosses bottes,
162Poucet souffla dessus pour les rendre nabotes ;
163— Le vieillard qui parcourt une lettre de part,
164S’il sera bientôt mûr, lui, pour le grand départ ;
165— Le Président, quels points il rend à la solive
166Alors qu’il signe ou gâche en discours sa salive ;
167— L’ouvrier qui se sait un clou dans l’estomac,
168S’il le retrouvera demain dans son thomas ;
169— Le convive en retard risquant l’excuse louche,
170Si l’on va rapporter la soupière et la louche ;
171— A quel prix bout par bout sera par lui vendu
172L’homicide licol, l’héritier d’un pendu ;
173— La poule, comment, l’œuf qu’elle venait de pondre,
174Avec l’œuf d’une cane elle a pu le confondre ;
175— L’ignorant qui voit fuir vers le large un bateau5

176            5 Pour qui n’a rien appris la terre est un plateau.

177Dont seul émerge encore un fragment de mâture,
178Si des squales déjà son monde est la pâture ;
179— De qui sont ses marmots, la fille dont le lit,
180Tant elle a de savoir, jamais ne désemplit ;
181— L’amateur de morphine, à quel rang Épicure,
182En classant les plaisirs, eût placé la piqûre ;
183— L’alpiniste en extase au bord d’une hauteur,
184Comment de l’univers louer assez l’auteur ;
185— L’oiseau, quand (((((le soleil échauffant jusqu’au marbre)))))
186En juillet on déjeune à l’ombre sous son arbre,
187Dans quelle assiette il va, loin de se retenir,
188Laisser choir en visant, tout frais, un souvenir ;
189— Pendant qu’il met la lune à son point, l’astronome,
190S’il y va voir marcher, la tête en bas, un homme,
191Telle une mouche errant au plafond à pas lents ;)))),
192Prétend déterminer son rang ou ses talents ;
193Pour que déféremment avec lui l’on s’exprime,
194Le ferrailleur taré pose en veste d’escrime,
195Comme prêt à fixer un chacun de travers ;
196Plume aux doigts, l’œil vers Dieu, le ciseleur de vers,
197Qui — sans cesse y cherchant la plus millionnaire
198Des rimes sait par cœur tout le dictionnaire ;
199La richarde, le buste orné d’un cabochon
200Digne d’une carafe en quête d’un bouchon ;
201En surtout d’Esquimau, le revenant du pôle,
202Dont les mensonges sont à l’abri du contrôle ;
203Son violon au cou, le joueur éminent
204Que dispute à l’ancien le nouveau continent ;
205Face à son chevalet, l’émule altier d’Apelle
206Dont rayonne le nom, centre d’une chapelle ;
207Raquette au poing, sans veste, en blanc frais, sans gilet,
208Le roi du tennis qui se moque du filet ;
209Tout équipé, l’oisif épris de vénerie,
210Lançant, martiale, en selle une sonnerie ;
211L’argumenteur de marque, en robe, qu’au barreau
212L’on jalouse, tant il fait chômer le bourreau ;
213L’arrivé pianiste au clavier, chez qui, même,
214Énergique et propre au trille est le quatrième ;
215Tel qu’excentrique, avec l’accent d’un fils de John
216Bull, sur la piste il parle à l’écuyer, le clown ;
217Le grand musicien, comme lorsqu’il compose,
218Traçant tel final point d’orgue sur une pause ;
219Sec sous sa casaque ample à clairsemés gros pois,
220Le jockey pour qui cent livres sont un gros poids ;)))
221Se fait prendre en famille une beauté qui, mûre,
222N’entend plus sur ses pas monter aucun murmure,
223De mère, sur la plaque, elle se change en sœur ;))
224L’avis roulant sur l’art de mouvoir l’ascenseur ;)
225— Racines, troncs, rameaux, branches collatérales
226L’état de ses aïeux ; les frustes cathédrales ;
227Voire le fier menhir, l’original cromlech,
228Le dolmen sous lequel le sol est toujours sec.

II

Le Champ de bataille des Pyramides

1Rien que de l’évoquer sur ce champ de bataille,
2A l’âge où le surtout — le long surtout à taille
3Et le petit chapeau — desquels nous extrayons
4Quel que soit notre bord d’intimidants rayons
5(Extraire à tout propos est naturel à l’homme ;
6Il extrait : de ce rien, la chute d’une pomme,
7Une loi qui le voue à l’immortalité ;
8D’une fable ou d’un conte une moralité ;
9Du grêle épouvantail, simple croix qui se dresse
10— Sa tenue accusant la plus noire détresse
11((Que d’aspects prend la croix ! un groupement astral
12Forme celle du sud au cœur du ciel austral ;
13Figurément parlant, tous nous portons la nôtre ;
14Quand un juste succès remporté par un autre
15Eut l’approbation d’un de ces envieux
16Qui, sourdement rageurs, sans percer se font vieux,
17— Cerveaux poussifs privés de toute flamme innée, —
18Ses familiers en font une à la cheminée ;
19Sans faute, une fois l’an, — parti le carnaval, —
20(((Pour peu qu’il soit du moins sur le rite à cheval
21Et, croyant à l’enfer, redoute d’y descendre)))
22Le chrétien, sur le front, s’en fait mettre une en cendre ;
23Quand délibérément (((s’approcher d’un repas
24Est un ravigotant sans rival pour le pas ;
25Quand vers le râtelier un équipage cingle,
26Les chevaux fendent l’air sans que le fouet les cingle,
27Tels des pur-sang issus d’illustres étalons ;)))
28On gagne un restaurant, — à l’heure où les talons
29De tout bon estomac sont la place attitrée, —
30Souvent, près d’un rôti, par la porte vitrée1,

31            1 Si l’homme, pour bâtir, n’usait que de cristal
32            (Tel l’intermède ami qui coupe un récital,
33            Une note distrait, donne un peu d’insomnie),
34            Il frapperait à mort plus d’une calomnie
35            (Et le soleil, enfin, éclairerait les cours !) ;
36            Combien continueraient, toutefois, d’avoir cours !
37            Celle entre autres, hélas ! qui consista à prétendre
38            (Bien que, sans contredit, même en son âge tendre,
39            La vieille humanité n’ait jamais vu son dos)
40            Que la lune (ce monde où règne le repos,
41            Où nul zéphyr ne souffle, où nul volcan ne jongle,
42            Monde dont nous portons à la base de l’ongle
43            — Sans soupçonner à quoi, tel qu’il est, il nous sert
44            ((Mais à quoi sert le lac qui nous leurre au désert,
45            Nous faisant espérer la boisson et la pêche ?
46            A quoi notre frisson au vu de la dépêche
47            Dont nous ne déchirons la bande qu’en tremblant ?))
48            Un timide portrait réduit mais ressemblant,
49            Décoratif surtout présenté par le pouce,
50            Monde récalcitrant où nul germe ne pousse,
51            Vu qu’il n’a pas en tout, sur lui, ce qu’il faut d’eau
52            — Là, point de naufragé priant sur son radeau
53            Ni de pays portant le nom de Finistère
54            Pour baptiser, pour peindre ou pour prendre un clystère ;)
55            Agit en satellite éminemment poltron.

56On voit se mettre en croix (((tandis que le patron
57((((Quelque spécialiste en fait de bonne chère,
58Qui frémirait de voir un fruit d’espèce chère
59Subir l’attouchement d’une lame d’acier)))),
60Sachant que l’homme porte, avisé besacier,
61Dans une poche ronde à souhait qu’il croit plate,
62Ses personnels défauts derrière l’omoplate
63((((Dès que l’homme, au surplus, pour avoir ausculté
64(((((Comme on fait d’un jeune être à qui la Faculté
65A défendu l’amour et la fenêtre close
66En le trouvant miné par la tuberculose,
67Qui, dure aux jouvenceaux, respecte l’âge mûr)))))
68Pendant qu’on l’épluchait telle porte ou tel mur
69(((((Gardons-nous d’oublier qu’en effet la voix porte
70Au delà d’un mur mince, au delà d’une porte ;))))),
71Voit tout nus ses défauts, ses tics, ses appétits,
72Par ses yeux complaisants ils sont rendus petits
73(((((Tels : — l’ombre, vers midi, sur le cadran solaire,
74Montrant que l’estomac réclame son salaire ;
75— Par le gel, le niât-on, le mètre étalon ;
76— Défiant la crotte un retroussé pantalon ;
77— Un journal sur la planche à trou d’un édicule ;
78— La botte à retaper dont le talon s’écule ;
79— Ce qu’attentif décoiffe à coups d’ongle un rabbin ;
80— Lorsqu’il met le couvert la pile d’un larbin ;
81— Mû par un barbier, un dossier de fauteuil tiède ;
82— Le mètre, au réveil, qu’un soldat ancien possède ;
83— Juliette, au gala d’Éjur, et Roméo
84Par deux mimes enfants faits gratis pro Deo ;
85— Le fer vaincu qu’en scène un preux rompt sur sa cuisse ;
86— Le pain qu’en salivant guide à la messe un suisse ;
87— L’asperge au rancart mise après le coup de dent ;
88— Quand sert la bêche, un ver à mortel accident ;
89— La canne à dard demi-nu quand fausse est l’alerte ;
90— Le trop haut pupitre à musique fraîche ouverte ;
91— Quand pousse un pianiste enfant, son siège à vis ;
92— L’âgé calendrier-bloc, corpulent jadis ;
93— La suspension qu’on remise après la soupe ;
94— La bande de papier postal lorsqu’on se coupe ;
95— La tache attristant la glace où l’haleine a pris ;
96— Au premier éclair qui compte, la voile à ris ;
97— La table après un grand dîner réarrondie ;
98— L’arche où monte, agressive, une eau qu’on étudie ;
99— Au puant souffle à but du fumeur, l’amadou ;
100— La queue à bout neuf en sang du jeune toutou ;
101— Quand le dressage agit, l’oisif bout de gourmette ;
102— Quand sa tête arrive à choir, l’éteinte allumette ;
103— L’ouvert tube à demi plat qu’enroule un rapin ;
104— Quand, mûr, son bouton part, l’élastique à pépin ;
105— Quand le lit prend sa place au berceau, la ruelle ;
106— Le pissenlit qu’exprès l’haleine atteint, cruelle ;
107— Ses pointes faites, la ballerine à clinquant ;
108— L’acte interprété par maître X… d’un délinquant ;
109— Quand l’arroseur cède à la soif, le jet de lance ;
110— Le fil qui par l’aragne escaladé balance ;
111— Au bord d’un tapis vert un honnête magot ;
112— Un cigare réduit à l’état de mégot ;
113— Le disque du soleil dans le ciel de Neptune ;))))),
114Comme si, choisissant la seconde opportune,
115Un ensorcellement eût su le rendre enclin
116A prendre : — l’appareil qui, trouvé par Franklin,
117Sans danger dans un puits fait se perdre la foudre
118Pour un fil gris passé dans une aiguille à coudre ;
119— Pour ceux dont s’orne un bras arrivé d’officier
120Au ciel trois jumeaux blancs astres d’artificier ;
121— Quand, médian, le coupe un trait, pour la bavette
122D’un prêtre, un tableau noir ; — l’empli tube à cuvette
123D’un chaud thermomètre à bientôt peter réduit,
124Pour une épingle à chef rond ; — la laisse que suit,
125Tiède, un collier veuf du chien qui de près lui touche,
126Pour un fil d’ombrelle à cercle ; — une spire à douche
127A système accompli, pour un naïf ressort
128A boudin ; — l’éteignoir fidèle au cierge mort,
129Pour ce qui taille un blanc crayon noir d’ingénue
130A carnet de bal ; — la boule aquatique et nue
131D’un dentaire effrayant recoin, pour l’abreuvoir
132D’un serin sobre ; — pour l’arrière, à son devoir
133Soustrait, qu’un flot soulève, un moulin mal à l’aise
134Qu’en brutal favorise un ouragan ; — l’anglaise
135Clé, de l’écrou gardant mémoire, pour un quart
136De soupir ; — pour un œuf au plat seul à l’écart,
137Salé ferme à son centre, un baissé crâne à rite
138D’âgé prêtre à jaunisse ; et pour la marguerite
139Sans tige où rien n’accuse un revers à tronçon,
140L’œuf au plat ; — pour trois traits chics rayant sans façon
141D’un glacé gant du soir la blancheur magnifique,
142Trois touches noires sœurs ; — un pied photographique,
143Quand part le Rayon Vert, pour un jeté restant
144De cerise triple ; — en passant, pour l’attristant
145Jet d’eau qu’un coude à trou lorsqu’on arrose engendre,
146Celui d’un parc ; — pour un hamac à se détendre,
147Au cirque, un bissecteur filet de sûreté ;
148— La flèche ignare à bail sublunaire écourté
149Qu’on sort d’un cœur, pour une instruite plume d’oie
150A rouge encre ; — un marin projecteur qui s’octroie
151Des droits de balaiement systématique, pour
152Un porté falot sourd ; — le jet de lest qu’au jour
153Met l’aérostier qui part, pour l’interne chute
154D’un sablier ; — pour un rouleau clos qui débute
155Comme ex-bobine à neuf ruban, un poussiéreux
156Tambour après l’étape ; — un divorcé gant creux
157De cardinal, pour la massive main de marque
158En corail d’où naît du bonheur ; — dans une barque,
159Pour deux spatules à l’usage d’un potard,
160La paire d’avirons ; — le nœud dont, tôt ou tard,
161D’une fille d’Alsace à ravir le chef s’orne,
162Pour un nœud lavallière à cou ; — pour une borne
163Près d’un banc, un menhir d’un dolmen peu distant ;
164— Un groupe au pas d’agents, pour l’essaim contristant
165D’internes sans foyer qu’aux jours de fête on croise ;
166— Pour un pauvre O d’aphone éclos sur une ardoise,
167Un cercle en un seul coup fait sur un tableau noir ;
168— Pour celui dont se coiffe un goulot, l’entonnoir
169Avec quoi, d’un café, traçant des huit sans nombre,
170On mouille la terrasse ; — aux heures de pénombre,
171Sous les tropiques, pour une chauve-souris,
172Un vampire ; — la carte où, chassant nos souris,
173D’un mort nous dit merci la famille, pour celle
174D’un visiteur en deuil frais ; — pour de la ficelle
175A sacs de confiseur coté, du cordon d’or
176Pour képis d’officier ; — dans certain corridor,
177Pour deux chevrons pointe en bas proche un esprit rude,
178La marque d’huis du fond ; — pour une pêche où, prude,
179Le regard n’ose atteindre, un rouge arrière-train
180D’enfant fautif fouetté ; — pour la chaînette à grain
181Restant d’un chapelet rompu, la chaîne à boule
182D’un forçat du vieux temps ; — pour celle qu’à l’ampoule
183L’épingle arrache à point, la fuite qu’au désert
184Le fer d’un traître extorque à l’outre ; — quand, disert,
185Le vent rage, un radeau mâté dans une trombe,
186Pour un toton ; — signal rouge, une fiche en rhombe
187De fiole à poison, pour un central débris
188D’as de carreau ; — pour celle à quoi, de chic épris,
189Le myope, en peinant, fait s’unir son orbite,
190Une glace à hublot ; — pour l’averse subite
191D’un arrosoir à fleurs, ce qui sur le chef pleut
192D’une pomme à doucher ; — quand, sans sauve-qui-peut,
193A l’épreuve on le met, pour deux baissers de trappe,
194Ceux du rideau de fer ; — pour la règle qui frappe,
195Quand s’en mêlent les nerfs, des doigts nus d’écolier,
196Une poutre à décor funéraire ; — un collier
197De pilori, pour des menottes, en spectacle
198Ne s’offrant qu’à demi ; — pour ce qui d’un obstacle
199Borde un gazon, un plant télégraphique à fil
200Solitaire ; — quand jacte en l’air un pitre vil,
201Sa grosse caisse, au bord, pour un tambour de basque
202Plaqué contre un miroir ; — quand sur eux, sans bourrasque,
203Il s’est mis à neiger, des œufs rouges massés,
204Pour des fraises qu’on sucre ; — en mai, temps noirs passés,
205Une épousée, en plein lieu saint, pour une unique
206Communiante ; — pour le faire-part cynique
207Qui par clichés procède, un journal noir de bords
208A directeur défunt ; — pour ce qu’ivre d’accords,
209Sa main rythmant son pas, l’Espagnol fait s’ébattre,
210Un claquoir ; — pour l’engin d’un chef qui d’un deux-quatre
211Multiplierait les bis, par gros temps un beaupré
212D’esquif ancré ; — pour la carte appelant au pré
213L’insulteur, le mural rectangle mortuaire,
214Marbre blanc à nom noir ; — lorsque en plein sanctuaire
215Bruit l’élévation, pour celle d’un laïc
216L’hostie en jeu ; — quand loin des problèmes à hic,
217Son temps fait, il végète, un rogaton de craie,
218Pour un sain comprimé ; — pour la gemme qui raie
219Le carreau vierge auquel s’attaque un vitrier,
220Le Sancy ; — l’instrument qu’en rêve un meurtrier
221Voit prêt à l’accourcir, pour un coupe-cigares ;
222— Signe au quadruple aspect, la croix qui, dans les gares,
223Sur les disques tournants trône, œuvre de leurs rails,
224Pour un dièse ; — au cirque, un groupe à hauts poitrails
225D’altiers chevaux longtemps cabrés, pour une horde
226D’hippocampes sans but ; — son vol pris, pour la corde
227D’un gibet prêt, quand joue avec elle un grand vent,
228Un lasso ; — dans le cas, équivoque souvent,
229Où ses aiguilles font diamètre, une montre,
230Pour un cadran à pouls ; — pour le gant à rencontre
231Volant vers un quidam, celui qui drogue en l’air
232Comme enseigne ; — le croc, par la grue au but clair
233Vers un fleuve abaissé, pour un fer sans amorce
234D’écervelé pêcheur ; — l’annexe qui, de force
235Mise à son chevalet, rend sourd un violon,
236Pour une petite m ; — dans un parc de colon,
237Quelque intrus caïman proche un parasol fixe,
238Pour un lézard contre un cèpe ; — au cours d’une rixe,
239Un brun chicot craché, pour un pépin de grain
240D’un coup de langue exclu ; — pour le goinfre à refrain
241Qu’à force d’applaudir on prend, le cousin braque
242Qui fonce en plein plafond ; — dans un tir de baraque,
243Pour une épingle à perle infidèle à son nœud,
244Le jet d’eau qu’orne un œuf ; — lorsqu’un faubourg s’émeut
245Où passe un régiment, pour un jonc chic, à pomme,
246La canne en l’air sautant ; — pour l’échelle où s’assomme
247La rainette à bocal, celle dont sans périr
248Use un scaphandre ; — pour un cachet à guérir,
249Une paire à mets chaud d’assiettes attractives
250Formant bloc bords à bords ; — quand, bras nus, mains actives,
251Trime un faiseur de tours, son jeu subtil d’anneaux,
252Pour un stock neuf de ronds à clés ; — roi des tonneaux,
253Le joyau d’Heidelberg, pour une tirelire ;
254— Pour le cachet qui tape, y mettant de quoi lire,
255Des lacs de cire à lettre, une hie au travail ;
256— Pour le trou qu’un poussin fait quand finit son bail,
257Celui que laisse au disque en papier l’écuyère ;
258— Chez un sculpteur, pour un Poucet par la bruyère
259Semant droit ses cailloux, un sauf Deucalion
260Jetant ses pierres ; — quand, touché, grince un lion,
261Le fusil du chasseur, pour un revolver juste
262Criblant un brun caniche enragé ; — pour un buste
263Au socle absent, ce qu’un sable ensevelisseur
264A nu laissa du Sphinx ; — le jour du blanchisseur,
265Un drap qu’ont de leur pourpre enrichi des menstrues,
266Pour un mouchoir à sang nasal ; — aux coins des rues,
267La plaque bleue à nom pur, pour celle où se lit
268Le chiffre de maison ; — pour celle où suinte au lit
269Un bouquet de cheveux, la papillote grasse
270A côtelette ; — pour l’ex-bascule à disgrâce
271D’un prometteur piège à rats, un loyal tremplin ;
272— Un tunnel, quand, vorace, il est de vapeur plein,
273Pour un triste auditif conduit à tampon d’ouate ;
274— Pour un dé, gaine-annexe au tiers doigt adéquate,
275Lorsqu’il pose à l’envers, le gobelet à tours ;
276— Pour celui des croupiers, si pur soit-il toujours
277De rouge caoutchouc, le sourd racloir à boue ;
278— Le jeu qui semble au chien fait pour qu’on le rabroue,
279Pour un groupe au rancart, par les noirs pris aux blancs,
280D’obscurs pions d’échecs ; — quand, de l’eau plein ses flancs,
281Presque enfonce un canot, ce qui part des écopes,
282Pour d’humains postillons ; — un toit pour télescopes,
283Pour l’un, de l’autre veuf, des hémisphères forts
284De Magdebourg ; — l’enfant, fruit d’occultes rapports,
285Sur tel voyant rond-point mis, pour l’émergeant hôte
286D’une galette à faire un roi ; — quand côte à côte
287S’emballent deux chevaux, leur timon enchaîné,
288Pour une flèche au vol bas ; — pour un dégainé.
289Cuir à rasoir, la carte à commander qu’encadre
290Un rectangle à poignée ; — un brûle-bout de ladre,
291Pour un plat clou-punaise en solitaire exil
292La pointe en l’air ; — en Suisse, au bazar, pour un cil,
293Courbe évadé d’un œil doux, une corne noire
294De chamois ; — à son clou mise, une bassinoire,
295Pour un balancier mort, à revivre appelé ;
296— Dans un char à bras en état d’être attelé,
297L’avilissant harnais d’homme, pour des bretelles ;
298— Chez l’impure, un suave oreiller à dentelles,
299Pour la pelote où rit, de trous vierge, un volant ;
300— Posé par l’escrimeur las, un masque isolant,
301Pour un protège-orbite à remettre aux lunettes
302D’un casseur de cailloux ; — la tempe aux rides nettes
303D’un vieux, pour le revers supérieur d’un poing ;
304— Pour le décoiffant drap noir d’un metteur au point,
305Celui dont, faisant du vent, à quatre on recouvre
306Un cercueil ; — l’album à gens, s’il faut pour qu’il s’ouvre
307Vaincre un ou deux fermoirs, pour un paroissien ;
308— Pour un tire-bouton vil, le croc quasi sien
309Qui, sort noble, aux cinq doigts chez le manchot supplée ;
310— L’écharpe à mettre un bras, pour celle où, décuplée,
311S’est cloîtrée une joue un jour de fluxion ;
312— Lorsqu’il rend le fer chaud mûr pour la flexion,
313Pour un excitateur d’âtre, un soufflet de forge ;
314— Pour ce qu’un tousseur montre au docteur pour la gorge,
315Un cavernaire arceau, par le couchant rougi,
316A stalactite unique ; — un lac de sang surgi
317Dans un quartier suspect, pour le crachat perfide
318D’un phtisique ; — chez un sellier, l’attache où, vide,
319Miroite un étrier, pour un feu ceinturon
320D’ombrelle jaune ; — pour le grain traître à juron
321Qu’un mangeur de gibier, de côté, crache au diable,
322Un boulet fendant l’air ; — lorsque irrémédiable
323L’inondation s’y frotte, un carton à tir,
324Pour le domino « double as » ; — le voyant partir,
325Pour un bouchon sauteur qu’on lâche, un cylindrique
326Ascenseur ; — pour le dard frêle où le nord s’indique,
327Une ligne d’absent qui flotte et coupe en deux
328Un bassin ; — sentinelle au poste hasardeux,
329Au tir, sur son fond blanc, pour une ombre chinoise,
330La silhouette noire ; — une paire sournoise
331De bolas, droit au but volant câble tendu,
332Pour un haltère ; — quand l’escrimeur s’est fendu,
333Pour une serpe, son fleuret fier d’être courbe ;
334— Pour la gueule, au tonneau, gobant, sans nulle fourbe,
335Un palet bien lancé, celle où choit du corbeau
336Le fromage ; — le pli chargé dont tout est beau,
337Lorsqu’il pose, excentrique, adresse contre table,
338Pour un cinq rouge ; — pour le trident intraitable
339Qui monte l’huître au bec, celui qui, du dehors,
340Hisse au grenier le foin ; — quand devant deux décors
341Qu’un mur sépare il tombe, un sec rideau de nues,
342Pour un voile abaissé sur un nez fin ; — quand, nues,
343Elles se croisent, pour des ciseaux trop ouverts,
344Deux lames libres ; — quand sont clos ses volets verts,
345Un blanc bloc de maisons dans une rue en pente,
346Pour du roquefort ; — un gazon courbe où serpente
347Un tuyau d’eau, pour une épaule d’immortel
348Où rampe un cheveu long ; — pour un couloir d’hôtel
349A numéros de clés lourds, un boulevard riche,
350Plein d’enseignes à tige ; — aveugle ému qui triche,
351Pour l’enfant qu’un bandeau sangle au colin-maillard,
352Un mûr parlementaire ; — aux halles, quand, gaillard,
353Il rôde à son abri, pour celui du saint-père,
354Le blanc chapeau d’un fort ; — un fauve sein prospère
355De nourrice en vert clair, pour un marron qui point,
356Fendant son contenant ; — lorsque à brûle-pourpoint
357Il se retourne, pour une coupe trop pleine,
358Un rouge parapluie ; — assidue à la peine,
359Pour celle qu’un chanceux fait trimer au tonneau,
360La roue à bain froid d’un moulin ; — un blanc panneau
361Qu’un porte-riflards plein pare, asile à cinq places,
362Pour du neuf papier à chant ; — pour l’une des glaces
363Qui, des dents, servent, monstre, au dentiste un reflet,
364Un miroir concave à barbe ; — pour le sifflet
365Qu’est la bouche aux index livrée, un jeu de grâces
366Avant l’envol du rond ; — pour l’os aux branches grasses
367Qu’un jour faste à poulet, pour rire, à deux l’on rompt,
368Un éperon poudreux ; — pour deux pleurs au vol prompt,
369Ce qu’expulse un grippé d’espèce malapprise
370Qui dans ses doigts se mouche ; — un jour exempt de brise,
371Pour un vide encrier qu’on repaît d’encre, un seau
372Qui d’asphalte s’emplit ; — lorsqu’il fait d’un vaisseau
373Signe, armé de rouge, un bras, pour une allumette
374Dure à tuer ; — pour ceux qu’avant qu’on le remette
375Montre un bouchon, des mots gravés dans un tronçon
376D’arbre scié ; — quand du coude seul, sans façon,
377Contre un mur il s’appuie, un bras nu de poseuse,
378Pour un index frappeur ; — lorsqu’une mère, oseuse,
379Ouvre un berceau, les blancs rideaux, pour deux feuillets
380Non coupés qu’on disjoint ; — zigzaguant sans œillets,
381Un pliant mètre jaune en passe de s’étendre,
382Pour un lacet d’été mis ; — quand pour plus l’entendre
383Du va-et-vient l’enfant use, un cerceau sonneur,
384Pour un cœur de montre ; — en plein escalier d’honneur,
385Une barre à tapis, pour la charnière en cuivre
386D’un coffret se vidant ; — pour le signe apte à suivre
387Plaît-il, ce qu’un carlin noir, en marchant devant,
388Montre à son maître ; — pour ce qu’en y prélevant
389Le dedans la cuiller ôte à l’œuf à la coque,
390La calotte du pape ; — un beau toit de bicoque
391Neigeux, pour un bouquin docte étalé dos haut,
392Frais vêtu d’écolier papier ; — quand, comme il faut,
393Fait un cheval au vert, le produit, pour des boules
394De cochonnet en plein billard ; — pour ce qu’aux poules
395Rafle au passage l’œuf, les éclaboussements
396D’un mollet à bas blanc ; — d’angoissants ossements
397Dans un bassin vidé, pour la part qu’a l’assiette
398D’un suceur d’abatis ; — pour deux dents qu’une miette
399Disjoint, les deux doigts blancs d’un valet qui, gants mis,
400Pouce oisif, ramasse un croûton ; — lorsqu’en amis
401Flânent deux noirs, leurs bras crochus, pour deux stupides
402Hameçons emmêlés ; — pour l’aiguille aux rapides
403Parcours qu’enchanté d’elle un tailleur meut du pied,
404Un marteau-pilon ; — lorsqu’un jour à frac s’assied
405Un soigneux, ses pans qu’il ouvre, pour une paire
406De faux favoris au repos ; — pour un repaire
407De dogue, adossé contre une clôture en fer,
408Une guérite à grille ; — un tison plein d’enfer
409Dans une pince à feu, pour le rubis qu’exhibe
410Celle d’un lapidaire ; — un rond-de-cuir de scribe,
411Pour celui qu’a pour nimbe un garçon pâtissier ;
412— Pour la poche à l’envers qui lorsque entre l’huissier
413Sort d’un pantalon lâche, un plat sac à pitance
414Pour museau de cheval ; — pour deux dés en partance
415Dans leur cornet, deux blancs cubes pris, de concert
416Sucrant un gobelet vide ; — géant qui sert
417D’enseigne, pour celui qu’on fixe aux maisons dignes,
418Un impur numéro ; — pour celui dont les lignes
419Fraîches à leurs secrets initient le buvard,
420Un cylindre à parc ; — pour un petit doigt bavard
421Visant une enquêteuse oreille, un index raide
422Qu’une narine attire à soi ; — sobre offreur d’aide,
423Un guide-âne, pour un échantillon rayé
424De chemisier ; — quand, preste, un crédule effrayé
425Fait les cornes, sa main, pour la tête attentive
426D’un limaçon rôdeur ; pour la même inventive
427Main en blanc gant de luxe, un asinal bonnet ;
428— Quand s’est de l’oculiste ouvert le cabinet,
429La pancarte au mur mise, en rang de lettres riche,
430Pour un feuillet d’A B C ; — pour un fou qui triche,
431Quand de son glissement de tour elle fait choix,
432La reine ; — au sein d’un char funéraire, une croix
433En violettes, pour une croix en poussière
434D’améthystes à noir écrin ; — une brassière
435De wagon, pour le bout culotté d’un vieux stick ;
436— Pour les boulettes dont, à table, un gris loustic
437Bombarde un bec d’ami, les sphères choquant, lourdes,
438Un passe-boule ; — un mur à béquilles, à Lourdes,
439Pour la page à l’envers d’un zélé tout petit
440A grands A ; — le croûton par manque d’appétit
441Laissé, quand la serviette y touche, non pliée,
442Pour un doigt de gant à cordon blanc ; — oubliée,
443Une alliance en plein coin clair de lavabo,
444Pour l’O d’or d’un pli chic ; — cherchant l’absent bobo,
445Pour un rouleau d’anglais taffetas, une pièce
446D’enroulé satin rose ; — un ballon, pour l’espèce
447De capsule à filet qu’on fait vaporiser ;
448— Quand d’un bas on l’expulse, un œuf à repriser,
449Pour ce qui d’une chèvre, avec retard, clôture
450L’allégement ; — pour un reste à mésaventure
451De muette mitaine, une flûte de Pan ;
452— Pour l’oignon d’or qui fuit, taquinant son tympan,
453D’un soupeur ivre à plat le gilet blanc, l’aphone
454Bassinoire qu’on sort d’un lit ; — dès qu’il plafonne,
455Un échappé ballon d’enfant dans un ciel beau,
456Pour un rouge pâté d’huissier ; — un noir tableau
457Qu’approprie un torchon, pour le front haut d’un nègre
458Qui, s’épongeant, poisse un mouchoir ; pour une allègre
459Mine de plomb, son doigt humide ornant d’un nom
460Un embué carreau ; le même à dire « non »
461Servant, horizontal, pour une pointe sombre
462De boussole bougée ; — attiédi donneur d’ombre,
463Quand sévit l’astre, pour un couvre-nuque, un mur
464De tente à toit plat ; — pour un blanc cheveu de mûr
465Blond, la sèche égayant un fouillis de havanes ;
466— Pour deux anneaux serrant mal des doigts diaphanes
467D’amaigri, ceux au cirque où deux bras ont plongé ;
468— La feuille en plant où gît le compas en congé
469D’un géomètre absent, pour une montre morte
470Carrée ; — à s’étonner prêt si l’étape est forte,
471Pour un campylomètre utilisé, l’avant
472D’une brouette au pas ; — quand, d’un cheval savant,
473La croupe a décrit son rond, pour une torsade,
474Ses jambes de devant fixes ; — par temps maussade,
475Quand la prolonge un V, l’aiguille à bons conseils,
476Pour le bout d’un cheveu fourchu ; — pour deux orteils
477Vus par un trou de bas, ce qu’encadre un malade
478Fond de culotte ; — pour de la lourde salade
479Parmentière, des blancs qu’en tas sur un damier
480Met un bavard aux doigts distraits ; — pour le premier
481Papier soyeux tombé d’une carte cornée,
482Un gris dallage en verre uni ; — pour ce qu’ornée
483De clous une semelle a dans la crotte empreint,
484Un solitaire sans billes ; — lorsqu’il n’étreint
485Rien, un saint brassard blanc, en montre, pour un brave
486Nœud tout fait du soir ; — noire, une moustache à grave
487Manque de nerf, si la mouche meuble son arc,
488Pour un point d’orgue ; — quand brille à la pluie un parc,
489L’intact fond d’un brisé pot de terre, pour une
490Jaune paillette à trou ; — lorsqu’ils choient à la brune,
491Pour des haricots verts sautant d’un plat, d’étroits
492Feuillets de jalousie ; et tard, dans les endroits
493Commerçants, d’entassés plis jaunes, pour des pommes
494Qu’un fricoteur souffla mal ; — pour ces gais bonshommes
495En papier qu’un plafond balance au bout d’un fil,
496Les pendus après la neige ; — fruit d’un civil
497Baiser, l’aqueux rond d’un gant blanc, pour une marque
498D’égoutté chalumeau ; — pour celle qu’un monarque
499A pour hochet, la main faite en marbre d’après
500La dextre d’une belle ; — entiché du progrès,
501Un Peau-Rouge en complet, pour un môme à rougeole ;
502— Vu ses rayures, pour une prise rigole
503A glissade de choix, un usagé chemin
504A lancer les vaisseaux ; — pour un bec sans carmin
505D’anémique au lit qui fume, un poing à bougie ;
506— Quand queute un effronté, sa bille non rougie,
507Pour une perle ronde à tige d’or pâli
508Qu’on sort d’un ruban vert ; — l’appendice poli
509D’un chien gris, pour l’antenne à bruit d’un métronome ;
510— Pour l’interne rectangle où le tailleur nous nomme,
511La suscription mise, une enveloppe aux durs
512Flancs de toile ; — rageuse injuste à coups futurs,
513La mailloche, au concert, pour un bout débonnaire
514D’appui-main ; — pour la fente à rond d’un ordinaire
515Protège-mine, un vide asile à boutons lourds ;
516— Pour deux sabots à chocs réchauffants d’orteils gourds,
517Deux sauteurs bateaux à l’ancre en temps d’équinoxe
518Se heurtant face à face ; — un jour sans match de boxe,
519Un ballon de cuir qui part, pour un ganté poing
520Offensif ; — un talon correct dont, récent point
521De mire, un chanceux dix de pique est la retourne,
522Pour un double-cinq ; — pour le poil gris qui séjourne
523Dans l’épileuse pince exploratrice, un fil
524De fer dont s’est rendu maître un étau viril ;
525— Pour une humble chapelle où la tête se cogne,
526La cathédrale monstre assise en plein Cologne ;
527— Le brutal iceberg, du pôle nord natif,
528Pour l’étroit bloc de glace asservi, portatif,
529Qu’en morceaux pour le verre, à l’office, on brésille ;
530— Chez un pêcheur, pour un pou dans une résille,
531Une oisive araignée explorant un chalut ;)))),
532Cherche un coup d’encensoir à joindre à son salut :
533Pour qu’à lui vienne la fortune, dont la roue
534((((Témoin : — le gros banquier qu’on file et qu’on écroue ;
535— Le grinche en paix, la nuit, jouant du rossignol ;
536— Le Commissaire alors que le rosse Guignol ;
537— Samson faible allant la dextre en avant ; — Turenne
538Quand, de la bonne sorte, à Salzbach il étrenne ;
539— L’absinthe à l’hypocondre ouvrant le paradis ;
540— L’Enfant prodigue au nid rentrant sans un radis ;
541— L’héritier plein de plans qui, près du catafalque,
542Tout bas additionne, arrondit et défalque ;
543— L’amiral commençant de ronfler sans effroi
544Puis de Germain d’Auxerre entendant le beffroi ;
545— Cinna conspirateur, devenant sur son siège
546L’ami d’Auguste après avoir flairé le piège ;
547— Le soulier visité par le petit Jésus ;
548— L’odalisque à qui fut jeté le tire-jus ;
549— Le téméraire qui passe une pièce fausse ;
550— Daniel sympathique aux lions dans la fosse ;
551— L’œuf effacé qu’illustre à jamais rend
552En lui persuadant de se tenir d’ ;
553— Lourdes en petit fou changeant un grand malade ;
554— Le faux prince tâtant du panier à salade ;
555— Quand, voyant dans son mur Gretchen, il porte un toast
556Puis s’ôte en buvant dix lustres, le docteur Faust ;
557— Le mal qui foudroie en plein bonheur les toupies ;
558— L’inventeur riche à sec mis par ses utopies ;
559— Le lac de cire obscur quand, bravant la cuisson,
560Un résolu cachet lui flanque un écusson ;
561— Le pion à destin qu’un changement de case
562Fait dame ; — Prométhée aux fers sur le Caucase ;
563— Le chat dorloté puis cuit de la mèr’ Michel ;
564— L’enfant cossu volé par un romanichel ;
565— Cendrillon finissant par devenir princesse ;)))),
566Mouvant ses ailerons, tourne sans paix ni cesse,
567— Tel, devant son nombril, le chapeau d’un benêt, —
568Tout hôte flatte, écoute — opine du bonnet
569Même alors qu’on soutient : — que garder une somme
570Jamais d’un savetier ne compromit le somme ;
571— Qu’un nain qui vous vient dans la glace à l’abdomen
572Vous paraîtrait géant placé sous un dolmen;
573— Qu’il faut, quand c’est servi, de force attabler l’homme
574Qui d’un ver solitaire à sa charge est le home ;
575— Qu’amène est d’instinct la femme envers son mari
576Plus que la vieille fille envers son canari ;
577— Qu’outre-Manche à certains essuyages intimes,
578En aveugle accomplis, jamais ne sert le Times ;
579— Qu’un phtisique à Paris, plus vite qu’à Menton,
580Rien que par le calme et l’air double son menton ;
581— Qu’en l’honneur de l’asperge, en mai, lorsqu’il urine,
582Jamais gourmet repu n’enfle, œil clos, sa narine ;
583— Qu’ignare en son bocal, la rainette, selon
584Son seul caprice, adopte ou lâche un échelon ;
585— Qu’une mouche accentue en y tirant sa coupe
586L’attrait par le breuvage exercé dans la coupe ;
587— Qu’il en coûte au frileux de relever son col
588Quand le mercure gèle et fait place à l’alcool ;
589— Que rien n’est, du pays, semblable à la bottine,
590Où l’abeille en tout temps, d’après Mignon, butine ;
591— Qu’un poltron recevrait sans secousse un cartel
592Pourvu que de nul autre il ne vînt que de Tell ;
593— Que le feu fît aux rois plus bas courber l’échine
594Qu’en stratège émérite alluma Rostopchine ;
595— Qu’un libéré bouchon, mieux qu’un bas, lorsqu’il part,
596Traverserait un haut plafond de part en part ;
597— Que, des astres, plus ronde est la lune et plus crue
598Sa clarté, plus la somme, autour d’elle, est accrue ;
599— Qu’en l’art nul n’égala Napoléon Ier
600D’éviter de manger son pain blanc le premier ;
601— Qu’à nu mis les travers de la femme savante
602Jamais n’ont de Molière égayé la servante ;
603— Qu’unanime un refus s’oppose à qui, poli,
604Demande aux gens licence avant d’ouvrir un pli ;
605— Que si le spécimen noir rare est chez la perle
606Plus que le blanc, de même il en va chez le merle ;
607— Que lorsqu’on l’a servi bien le joueur de Nain
608Jaune adore finir sans avoir eu la main ;
609— Que c’est lors d’un de ses étés qu’ému d’une aune
610De son manteau l’humain saint Martin fit l’aumône ;
611— Qu’en amour nul ne sut faire à l’égal d’Onan
612Passer avant tout la loi du donnant donnant ;
613— Qu’est l’effet détruit moins bien que par un bécarre
614D’une altération par la prochaine barre ;
615— Qu’à sa voisine à sec, jadis, par la fourmi,
616Tout fut, quand vint la bise, obligeamment fourni ;
617— Qu’Attila, mieux campé que son aîné Rodrigue,
618D’alexandrins fameux est plus que lui prodigue ;
619— Qu’un trait courbe, à l’encontre allant d’un bruit qui court,
620Pour marier deux points plus qu’une droite est court ;
621— Qu’un houleux débat lorsqu’on sonne s’envenime ;
622— Que l’arme la plus noble est la lettre anonyme
623Pour battre ses rivaux dans la course aux honneurs2

624            2 Que de prospérités, que de fermes bonheurs
625            Pour qui n’est point aveugle ont une source infâme !
626            Le prix de piano dépend plus pour la femme
627            Du nombre de galants qu’elle a dans le jury
628            Que de son déchiffrage et du talent mûri
629            Qu’elle déploie ou non en jouant sa sonate ;
630            Maint X...-les-Bains doit moins à son bicarbonate
631            Qu’aux joueurs qui, la nuit, hantent son casino.

632— Lettre que, révolté, le digne Calino
633Sans la décacheter jetait dans la corbeille
634Ou que la loi salique existe chez l’abeille ;)))
635Deux couteaux cliquetants qu’affûté un découpeur ;)),
636Veste au dos, feutre au front, — objet si peu trompeur, —
637Un brevet pour l’oiseau de foncière bêtise ;),
638Surtout gris, chapeau noir (dont l’aspect synthétise
639Ces temps où l’on voyait des rois partis de rien
640Et qu’inlassablement fouille l’historien ;),
641Mis par lui jusqu’au bout sur son rocher accore,
642Ne magnifiaient pas sa silhouette encore,
643Fait que, méditatif, on oublie un moment
644L’Egypte, son soleil, ses soirs, son firmament.

III

La Colonne qui, léchée jusqu’à ce que la
langue saigne, guérit la jaunisse.

Mosquée Abou’l-ma’atéh.Environs de Damiette.
1Traitement héroïque ! user avec la langue,
2Sans en rien rengainer qu’elle ne soit exsangue,
3Après mille autres fous, les flancs de ce pilier !
4Mais vers quoi ne courir, à quoi ne se plier,
5Fasciné par l’espoir, palpable ou chimérique
6(Espoir ! roi des leviers ! tout oncle d’Amérique
7((Ce pays jeune encore, inépuisé, béni,
8— Si tard, de nos atlas, vierge il resta banni, —
9Où l’on rafle plus d’or, vingt fois, qu’en l’ancien monde,
10Soit que — l’appétissant a besoin de l’immonde
11Par cent mille kilos on fabrique un engrais
12Pour ces champs infinis, où, gaillards, le nez frais
13(((Un jour, d’un chien souffrant fait un chien hydrophobe ;
14S’assurer que toujours ce liquide que gobe
15Même le mieux appris entre les nouveau-nés
16Sort de l’ami de l’homme et lui vernit le nez
17N’est pas, prenons-y garde, acte moins nécessaire
18Que : — lorsque l’ennemi se fend d’un émissaire,
19Sur les yeux de l’intrus appliquer un bandeau ;
20— Quand passe un roi, marquer autour de son landau
21Chaque point cardinal par un mouchard cycliste ;
22— Quand, chef de conjurés, des noms on fait la liste,
23Tout ce qu’on a d’esprit le mettre à la chiffrer ;
24— Pour que l’oiseau pillard hésite à s’empiffrer,
25Meubler d’épouvantails les terres où l’on sème ;
26— Vieux ((((pendant notre hiver notre tignasse essaime,
27Tels les rayons plantés dans le soleil vernal
28S’en vont quand il se change en soleil hivernal ;)))),
29S’imposer de fuir l’air ou de porter calotte ;
30— Après avoir sombré de culotte en culotte,
31Mettre en sûr viager l’argent sauvé du club ;
32— Engager le verrou quand c’est l’heure du tub ;
33— Avant de travailler sur une corde raide
34S’armer d’un balancier ;))), cent chiens prêtent leur aide
35(((Besoin d’aide ! ô besoin sublime, universel !
36Combien mettraient des jours, sans aide, à voir le sel
37Dont sont sursaturés un mot, une anecdote!
38Pour que le perroquet distinctement radote
39Faut-il pas qu’un de nous lui coupe le filet ?
40L’empereur, la main tiède au sortir du gilet,
41Stimulait son génie en humant une prise ;
42Le superstitieux dont le miroir se brise
43Dans sa détresse invite à conjurer le sort
44Deux de ses doigts qui, mus comme par un ressort,
45Prennent, en se tendant, l’allure de deux cornes ;
46L’argument — au pouvoir du geste il est des bornes
47Éclaire, d’un ballet, l’imbroglio naïf;
48Grâce à l’ongle on peut voir les secrets d’un canif,
49Sous un alinéa creuser un trait fragile ;
50Le jus du raisin pris, exploratrice agile,
51La langue, de partout, chasse pépins et peaux ;)))
52A cent bergers de qui dépendent cent troupeaux ;
53Soit qu’on ouvre un hôtel dans l’air sain d’une cime
54Chère aux débilités du monde richissime ;
55Soit que par stocks on vende à l’agioteur snob
56(((Le rôle du snobisme ((((au vrai qu’était Jacob ?1

57            1 Même est-on sûr que Dieu, quand il fit le snobisme
58            (Si l’animal ne sait pas plus percer un isthme
59            Que peser le soleil, asservir la vapeur,
60            Faire d’un ciel son but et ressentir la peur
61            D’un séjour encombré de flammes éternelles
62            Ou, s’il parle, sortir des phrases personnelles,
63            Entre un quidam et lui, pourtant, que de rapports !
64            Ne retrouvons-nous pas nos instincts chez les porcs ?
65            Chez les chiens sauveteurs qui foncent à la nage ?),
66            Décréta que de l’homme il serait l’apanage?
67            Gageons que le mulet (monture de combat
68            Le cheval plus que l’âne est noble ; au lieu du bât,
69            C’est la mitraille, lui, qui, par devant, le blesse ;
70            Et tout dans son aspect signale sa noblesse,
71            Alors qu’on est moins sûr, dans le tas des humains,
72            De reconnaître au port, à la blancheur des mains,
73            L’individu qu’écrase un nom à particule
74            Que : — l’instable ataxique à son pas ridicule
75            Qui fait sur son chemin s’emporter les roquets ;
76            — Le noyeur de soucis qui chez les mastroquets,
77            Coude léger, front lourd, à grands coups s’intoxique
78            A son souffle, à son pas ((comme notre ataxique )),
79            A la clarté de son horizontal jet fort ;
80            — Un génie immense à surnaturel apport
81            A l’historique affront qu’à son aube il essuie
82            Avant de faire école et de passer messie ;
83            — A son sang lorsqu’il crache, à ses mollets de coq
84            L’homme aux prises avec le bacille de Koch ;
85            — A sa bouche lippue où trempe un nez d’élite
86            Flanqué d’yeux au bord rouge un pur israélite ;
87            — Au pli de son masque un penseur ; — au remuement
88            Par quoi le contredit son nez l’homme qui ment ;
89            — A leur sinistre anneau les victimes du maire ;)
90            Souffre de ce qu’on ait mésallié : — sa mère
91            (En qui son double aspect, même s’il la surprend
92            ((Quand, sous un soleil fier des points qu’au nôtre il rend,
93            En ces pays à sieste où l’on ignore l’âtre,
94            La femme a, blanche ou noire, un rejeton mulâtre,
95            Est-elle, s’il s’endort, moins prompte à parler bas,
96            Moins tremblante, plus tard, en surveillant ses pas,
97            Quand, rieur, il commence à trouver l’équilibre ?)),
98            Ne paralyse pas cette sublime fibre
99            Qu’excita Salomon lors de son jugement)
100            S’il eut pour premier gîte un ventre de jument ;
101            — Son père l’étalon si sa mère est ânesse.

102Un franc snob que gonfla l’achat d’un droit d’aînesse
103Qu’Esaü pleura, snob lui-même, en digérant ;))))
104Fut, est et jusqu’au bout sera prépondérant ;)))
105Des tableaux dont il faut lui seriner l’école ;
106Soit qu’on fonde un journal, soit qu’on lance une colle
107Apte — dit l’étiquette — à forcer au besoin
108(((Lire souvent égale être leurré, témoin :
109— Les chèques faux, payés sans délais ni manières ;
110— Ce que sert ((((sans avoir poussé plus loin qu’Asnières ))))
111Sur les traits que les noirs trempent dans du poison,
112L’anneau qui de leur nez traverse la cloison
113Ou leurs déserts sans fin, si vides qu’à la lettre
114On n’en tirerait pas un caillou bon à mettre
115Contre les dents du fond d’un futur orateur,
116Dans ses Impressions le faux explorateur,
117Qui ((((faisant alterner l’aimable et le sévère
118Comme il est ordonné dans un vers qu’on révère)))),
119Lorsqu’il place un hors-d’œuvre hydrologique ardu
120Sur tel grand fleuve auprès duquel un drap tordu
121Semblerait n’engendrer qu’une larme par terre
122Et l’Europe n’avoir pour principale artère
123((((Bien qu’il s’agisse là du Danube)))) qu’un ru,
124Fait suivre, sans souffler, d’un renseignement cru
125Sur les rapports qu’entre eux ont l’amour et le lucre
126Dans les lieux riverains civilisés ((((le sucre
127Ote le goût laissé par un remède amer ;))))
128Le bouquet, à savoir qu’à ses bouches la mer
129Est sur un champ immense exempte de salure ;
130— Quand passe un faux aveugle à convaincante allure,
131L’écriteau bref qui s’offre à l’œil apitoyé ;
132— L’impur certificat du docteur soudoyé ;
133— Le cadran du compas quand l’aiguille s’affole
134Et l’étiquette, enfin, que porte une fiole
135Que de tristes produits, en effet, exaltés
136Par l’inventeur ((((qui, dur, traite de saletés2

137            2 Une chose, en son genre, est rarement unique
138            Comme, en le leur, jadis, le furent : — la tunique
139            Qu’eut, Déjanire aidant, Hercule après Nessus ;
140            — Chez les simples humains l’insigne processus
141            (Qui d’autre eut jamais l’heur de se sentir en vie
142            Après avoir, rigide, aux corbeaux fait envie ?)
143            Du mal dont maints témoins virent Lazare atteint ;
144            — L’effet qu’eut du poisson sur un regard éteint
145            Quand, Raphaël présent, fut opéré Tobie ;
146            — L’effort que la nature, oubliant sa phobie,
147            Fit en laissant (jamais l’Écriture ne ment)
148            Un vide étroit couper en deux spontanément
149            La mer qui d’Israël rompait l’essor ; — la halte
150            Qu’un soir, au seuil de l’heure où sa splendeur exalte
151            Ceux qui par le génie ont le front bossué,
152            Le fougueux soleil fit pour servir Josué ;
153            L’or qu’eut certain bélier pour système pilaire.

154Les composés rivaux d’espèce similaire)))),
155Bien que, passés ou frais, ils agissent non plus
156Que : — sur la masse un nom de chantre aux vers peu lus ;
157— L’haleine du soufflet quand tout est mort dans l’âtre ;
158— Sur un membre de bois le plus actif emplâtre ;
159— Sur le regard, quand l’œil est artificiel,
160Un doigt de belladone ;))) à menacer le ciel
161(((Menace vaine, on sait que l’astre le plus proche
162Loge encore trop haut pour que rien le décroche ;)))
163La moustache rebelle à quoi nul coup de fer
164N’ôte la rage, hélas ! de menacer l’enfer ;
165Soit qu’on prépare une eau — poison dont rien ne sauve
166Le microbe sournois chargé de rendre chauve
167Capable d’affamer les vendeurs de cheveux ;))
168Avec le doigt et l’œil fait suivre à ses neveux
169Sa stricte volonté, féconde ou saugrenue,
170— Ses neveux trépignants, qui, dès qu’il éternue,
171Joyeux, rêvent de crêpe et de flux lacrymal ;),
172De provoquer en soi la détente d’un mal.

IV

Les Jardins de Rosette
vus d’une dahabieh.

Environs du Caire.
1Rasant le Nil, je vois fuir deux rives couvertes
2De fleurs, d’ailes, d’éclairs, de riches plantes vertes
3Dont une suffirait à vingt de nos salons
4(Doux salons où sitôt qu’ont tourné deux talons
5((En se divertissant soit de sa couardise
6(((Force particuliers, quoi qu’on leur fasse ou dise,
7Jugeant le talion d’un emploi peu prudent,
8Rendent salut pour œil et sourire pour dent ;)))
9Si — fait aux quolibets transparents, à la honte
10(((Se fait-on pas à tout ? deux jours après la tonte,
11Le mouton aguerri ne ressent plus le frais ;
12S’il peut rire, chanter, siffler, faire des frais,
13C’est que le perroquet se fait vite a la chaîne
14Qui — lui qui sait vieillir comme vieillit un chêne
15Quand nul n’est au persil des mets où son bec mord
16Le rive à son perchoir et l’y rivera mort ;
17L’envieux ((((dont les nuits cessaient de couler calmes
18Au vu d’un nom ami dans la liste des palmes
19Et chez qui se perdaient le boire et le manger
20Quand, non moins célébré qu’en France à l’étranger,
21Un confrère — à l’en croire une franche savate
22Voyait se transformer sa rosette en cravate))))
23Se fait au sentiment du montage d’autrui ;
24L’astronome ((((tel astre apparaît aujourd’hui
25Comme un feu dont l’éclat aux clignements nous force
26Qui, lorsque l’eau couvrait, de la terrestre écorce,
27Tout, sauf les pics par l’homme encore non atteints,
28S’était classé déjà dans les mondes éteints
29— Tout feu s’éteint, en nous comme dans la nature ;
30Sur les plis qu’on n’obtient que contre signature
31D’un souffle l’envoyeur éteint chaque cachet ;
32L’âge éteint certains feux : jamais las, le cochet
33Prend tout, poulette, poule à point, poule douairière
34Le coq mûr fait un choix ; les poltrons, au derrière,
35Ont un feu qui s’abstient de survivre au danger
36(((((Feu cuisant, mais fictif ; jamais, à vidanger,
37Nul ne fut intrigué par sa cendre, et le lièvre
38Ne le vit pas brusquer les grenouilles ;))))) ; la fièvre
39Crée un feu qui s’éteint, soit quand le sujet meurt,
40Soit quand, grandi parfois à menacer d’un heurt,
41Lustres, vos cristaux bas et vos basses ampoules1,

42            1 Tout progresse ; au moment où, rendant pour les poules,
43            Ces sages couche-tôt, le premier somme urgent,
44            Le soleil plonge à l’ouest, même riche (l’argent
45            Fait avec lui, de front, marcher le privilège ;
46            Le cancre chic est sûr d’éclipser au collège
47            ((Aux dessus du prochain on reconnaît son rang
48            Comme : — sa provenance au son suspect ou franc
49            Qu’émet une monnaie en sautant sur un marbre ;
50            — A sa striation l’âge d’un tronçon d’arbre ;
51            — A sa denture l’an où naquit un coursier ;))
52            L’aigle dont, à l’envi, les coudes de boursier
53            D’un proche percement font luire la promesse ;
54            Au suicidé riche on accorde une messe :
55            Il est dur de partir sans un De profondis ;),
56            On portait l’allumette à la mèche jadis,
57            Geste qu’a fait vieillir l’éclairage électrique ;
58            Le moteur, provoquant la baisse sur la trique,
59            A mis en discrédit le tirage animal,
60            — Et depuis les moineaux, pour vivre, ont plus de mal ;
61            Que sont près des canons les gauches catapultes ?

62— La fièvre nous fait croître, on le sait, même adultes, —
63Par degrés il se change en frais convalescent
64Poussé par la fringale à manger comme cent
65Et porteur d’une langue à nouveau bien rougie ;
66Le feu qui, patient, fait fondre une bougie
67S’éteint : — tandis que choit le marteau lorsqu’on vend
68Un immeuble à l’encan ; — sous un assaut de vent,
69Quand, aux flambeaux, l’on sort un roi d’une demeure,
70Pompe que l’héritier, qui paierait pour qu’il meure2,

71            2 Que de choses se font attendre, hélas ! depuis
72            Le plongeon du caillou qu’on lâche dans un puits,
73            Les hommages publics, — sommité disparue
74            Seule est en droit d’avoir sa statue et sa rue, —
75            La fin quand dans l’eau froide un bloc de sucre fond,
76            Pour l’homme sans sommeil ces blancheurs, au plafond,
77            Par quoi sont annoncés l’aurore et son spectacle,
78            Dans tout feuilleton sain la chute de l’obstacle
79            Qui du parfait bonheur sépare le héros,
80            L’épouseur quand le sac n’est pas réputé gros,
81            Le revers de costume à ruban écarlate
82            Jusqu’au tonnerre, alors que, sourd, le coup n’éclate
83            Qu’une minute après qu’un faible éclair a lui !

84Grille en secret de voir se déployer pour lui3;

85            3 Nul n’est sans caresser un ambitieux rêve ;
86            L’ouvrier croit se voir dictant, lors d’une grève
87            (Aujourd’hui l’on raisonne et chacun, l’œil au but
88            ((Tous nous on avons un ; tant que son occiput,
89            Mis nu dans l’intérêt du fer de la machine,
90            Tient pour plus d’un quart d’heure encore à son échine,
91            Songeant : « Perdre sa proie arrive — et c’est fréquent
92            A qui la tient le mieux » (((au fait, l’inconséquent
93            S’enfuit du cabanon, le reclus de la geôle,
94            Le fromage du bec du corbeau qu’on enjôle ;
95            — De se taire, parfois, riche est l’occasion ;))),
96            L’assassin a lui-même un but : l’évasion ;)),
97            Que son idéal soit : toucher un gros salaire,
98            Enfanter, voir son grain surabonder sur l’aire
99            Ou contraindre son pouls à choir, à s’assagir,
100            Sent que, pour triompher, mieux vaut penser, agir
101            Que faire — tâcheron, épousée inféconde,
102            Moissonneur ou malade — un vœu dans la seconde
103            Où l’étoile filante élonge sa lueur ;),
104            Las de donner à boire au bourgeois sa sueur
105            (C’est pour Pierre, souvent, que Paul souffre et travaille ;
106            Vespuce, de Colomb, exploita la trouvaille ;
107            Et c’est pour emperler tel doigt ou tel plastron
108            Qu’une huître est tout labeur ;), des lois à son patron ;
109            La garce en son grenier pense à rouler carrosse ;
110            Se voir pousser aux mains l’améthyste et la crosse
111            Est une fiction chère à tout prestolet.

112— Quand, brutal, au sortir d’un lointain pistolet
113Qu’étreint un champion dont tous les coups font mouche,
114Un projectile heureux rompt la mèche ou la mouche ;
115— Quand un liseur, au lit (((((dos hors de l’oreiller,
116Front en main, tant il sent l’intérêt s’éveiller))))),
117Dévore justement quelque poignant passage
118Où, mère sans anneau (((((que l’univers croit sage
119Tant son accouchement sut être clandestin)))))
120Dont (((((prêt à joindre au sien son plantureux destin)))))
121S’est épris pour la vie un banquier de la haute,
122Une jeune employée, un an après la faute4,

123            4 Combien change de force un mot suivant les cas !
124            Eclair dit « feu du ciel escorté de fracas »
125            Ou « reflet qu’un canif fait jaillir de sa lame » ;
126            Corbeille qui, trouvé dans un épithalame,
127            Offre aux yeux de l’esprit l’empire du joyau
128            Rend ailleurs « dépotoir à vieux papiers » ; noyau
129            Ici sert pour « comète » et sert là pour « cerise » ;
130            A révolution peut correspondre « crise
131            Où du prince obéi le peuple dit : Je veux »
132            Ou « court ébranlement d’un système nerveux » ;
133            De « fauteuil » saute à « mer » bras ; de « tome » à « roi » suite ;
134            De « façon dont croupit l’homme » à « tuyau » conduite ;
135            De « grinçant cube en craie » à « civilisé » blanc ;
136            D’ « écueil traître où la mort plane » à « siège ingrat » banc ;
137            « Manger louche » ou « support chic » de champignonuse ;
138            « Ce dont s’arme un gêneur à marteau qu’on excuse »
139            Ou « numéro suant le prestige » est dans clou ;
140            « Ce qui, le décrassage aidant, rend le bain flou »
141            Dans savon ou « ce qu’un chauffé sous-ordre écoute » ;
142            « Affliction qu’hostile au somme un péché coûte »
143            Ou « mèche à chatouiller le cou » dans repentir ;
144            « Trait par quoi dès l’enfance on s’exerce à mentir »
145            Dans bâton ou « suprême attribut militaire » ;
146            « Emplumé rôtisseur d’humains propriétaire
147            D’un arc » dans naturel ou « simple heureux défaut
148            D’apprêt » ; dans paradis « puant cintre » ou « Là-Haut,
149            Bien habité séjour fleuri rendant les justes
150            Choristes » ; « timbale à tralala pour robustes
151            Gasters » ou « pleur de plume incongru » dans pâté ;
152            « Scientifique choix d’aliments à gâté
153            Plaisir » dans régime ou « façon dont on se laisse
154            Par la clique au pouvoir tondre et mener en laisse » ;
155            « Cri par quoi, l’un soufflant l’autre, un alter ego
156            Vous raille » ou « paragraphe influent » dans écho ;
157            Faute enfin peint l’écart qui fait qu’est avec tache
158            Celle qu’on ne voit plus ou l’impair qu’un potache
159            A tel endroit précis commit dans son devoir ;
160            Or, décidera-t-on, lui, de ne plus le voir
161            Parce qu’un barbarisme est éclos dans son thème ?

162Apprête son enfant pour un furtif baptême
163Qui n’alourdira pas, hélas ! un seul drageoir,
164Si, pour rire, quelqu’un planta dans le bougeoir
165Une bougie-attrape invisiblement faite
166Pour ne pouvoir brûler plus avant que son faîte5;

167            5 Tour que valent ceux-ci, quant à l’attrait du neuf :
168            Faire indûment couver par une poule un œuf
169            Dont l’auteur avéré n’est autre qu’une cane,
170            Pour voir trembler la poule (autour de qui cancane,
171            Cherchant à quel canard elle fit trop la cour,
172            Bas, le bec demi-clos, toute la basse-cour)
173            Dès que le caneton s’humecte la cheville ;
174            Cultiver la terreur chez une vieille fille
175            (Une au cœur faible en qui le goût du célibat
176            Fut formé par la peur du mari saoul qui bat
177            Ou l’exemple fameux du veuf à barbe bleue)
178            En affublant son chat d’un brandon à la queue
179            Propre à le faire fuir vers elle éperdument.

180— Lorsque part dans son sens un brusque éternuement
181Suivi de vœux faits haut pour voir par Dieu bénie
182La personne au nez pris ; le saint feu du génie
183(((((Qui rend l’élu touché par lui si vaniteux
184Qu’il trouve au firmament les vrais astres piteux
185Auprès de l’astre neuf qui sur son front rayonne
186Et songe à devenir le maître que crayonne
187Quiconque a pour métier l’art caricatural,
188— Art né, dit-on, un soir, du fou profil mural
189Qu’offrait à des rieurs l’ombre d’une personne, —
190A la porte duquel maint journaliste sonne,
191Qui sur vingt grands cordons existants en tient un,
192Lui qui souvent, alors qu’il se couche, est à jeun
193Non moins que le fidèle en qui descend l’hostie6)))))

194            6 Si le mérite humain exclut la modestie
195            Autant que le lundi l’ardeur des travailleurs
196            (On se fait aux loisirs ; l’âme et le cœur ailleurs,
197            Sombre est le lycéen quand il rentre en octobre ;),
198            Que, chez le criminel, la démence l’opprobre,
199            Qu’un hiver peu neigeux la cherté du gros sel,
200            L’orgueil, pourtant, n’est pas un vice universel ;
201            Le paon mis on dehors, il respecte les bêtes :
202            L’hirondelle, malgré son flair pour les tempêtes ;
203            Le bélier, bien qu’il soit l’emblème d’un crachat
204            (Tout le monde a nommé la Toison d’Or) ; le chat,
205            Bien qu’il se reconnaisse à minuit sans chandelle,
206            Bien qu’il sache prédire — ainsi que l’hirondelle,
207            Mais sans tant de justesse et de publicité
208            Par ce qu’émet son poil comme électricité
209            La colère d’un ciel qui feint la gentillesse,
210            Bien qu’à la vierge il fasse une douce vieillesse
211            Et puisse marcher en silence sans tapis ;
212            Le loup, bien qu’une louve ait eu d’illustres pis ;
213            Le bouc, bien qu’aux humains sa peau fournisse l’outre ;
214            Malgré les prix courants de la sienne, la loutre ;
215            Bien que son nom désigne un tissu, l’alpaga.

216S’éteint quand l’âge rend son détenteur gaga
217(((((Feu qui, si grand que soit tel nom, tel pseudonyme,
218Chez nul n’est reconnu de façon unanime ;
219— L’homme n’a pas ainsi qu’un pantin au bazar
220Son prix collé sur lui ;))))) ; sur son mur Balthazar
221Vit, en traits défiant le grattoir et la gomme,
222Trois mots de feu briller… puis s’éteindre ; chez l’homme,
223Le feu de l’œil s’éteint à l’âge où dent par dent
224Et cheveu par cheveu, sans choc, sans accident,
225Par l’action du temps, sa tête se déleste ;))))
226Se fait aux profondeurs du grand vide céleste
227Où la lumière court sans jamais le franchir ;
228L’aphone à son ardoise, ennuyeuse à blanchir ;)))
229Il ne sait aux gifleurs que tendre l’autre joue,
230Soit de ses fins talents s’il triche lorsqu’il joue ;))
231Sur celui qui s’éloigne on fait courir maints bruits ;),
232D’opaque frondaison, de rayons et de fruits.